Au coeur d’une maison longue chez les Iban : Makai !

par Charlène
8 minutes de lecture

Nous avons passé 3 jours hors du temps. Immergés dans une maison longue (longhouse). Au coeur du peuple Iban, population native de Bornéo.

Installés depuis des siècles sur ces terres, les Iban vivent dans des « maisons longues ». Il s’agit d’immenses maisons sans étages et en longueur partagées en plusieurs « appartements ». La plupart des personnes qui y vivent en communauté sont des fermiers cultivant le poivre. On l’ignore mais le poivre du Sarawak est exporté à raison de 25 000 tonnes par an dans le monde ! Ils sont installés dans ces maisons longues de génération en génération. Certaines sont au bord des routes, d’autres plus isolées dans les montagnes. Et c’est au coeur d’une de ces dernières, que nous avons vécu pendant 3 jours.

Accéder à la maison longue

La randonnée de l’enfer

Après notre très courte nuit (3h) dû à la mésaventure MAS Wings (aaahhhhh!), notre guide Chris est venu nous chercher à 6h du matin pour une très longue journée.

5 heures de route sous la pluie depuis Kuching. Nous partons plus à l’est et plus au sud, près de la frontière indonésienne. Nous essayons de récupérer un peu avant le trek qui nous attend. Et on fait bien !

Après un rapide déjeuner, nous prenons de l’altitude et garons la voiture. À partir de là, il faudra marcher ! Heureusement il ne pleut plus ! Mais le sol est boueux et extrêmement glissant.

Le chemin est dur, vraiment dur. Nous montons parfois à pic et lorsque ça descend, c’est tellement glissant que l’on se casse la figure. Le paysage par contre est magnifique ! Depuis la montagne, nous dominons le paradis vert de Bornéo et les plantations de poivre. Nous voyons au delà du Sarawak, les hautes montagnes de la partie indonésienne de Bornéo. La marche est rude.

Pour partir à la découverte des maisons longues avec Chris, contactez Bornéo à la carte

Les sangsues ou moi

Au bout de 2 ou 3 heures, Chris me dit qu’il est temps pour moi d’enfiler mes chaussettes anti-sangsues (ne me jugez pas !). Les sangsues sont ma hantise ! Et là c’est parti !

Top moumoute !

2 heures de marche au milieu de la forêt et des sangsues. Nico passe son temps à les enlever de ses chaussures, Chris, se fait mordre à tout va. Moi je fais l’autruche mais à chaque fois que je baisse la tête, j’en ai plein sur les chaussures.

On fait une petit pause au sommet du mont que nous avons enfin atteint  (Bukit Sadok) puis c’est reparti ! Une heure avant d’arriver, la maison longue est en ligne de mire. Enfin, c’est ce que l’on croit. En fait, on ne peut pas la voir avant d’y être. Mais une petite maison de fermier située un peu avant est posée au milieu des plantations comme un phare.

Je me dis qu’on est fou, que quoi qu’il se passe, ça n’en vaut pas la peine ! Je suis au bout…  6 heures de marche éreintantes quand soudain… elle apparaît.

Arrivée à la maison longue

De la pagaille et de la joie de vivre

maison longue bornéo

Des coqs braillent dans tous les sens. Des motos et quelques pick-up sont garés à l’entrée. Puis viennent les cochons et des gens qui se douchent au « robinet ». Quel tintamarre ! Comment cette maison longue a pu passer inaperçue jusqu’à ce que nous y arrivions ?!

Nous croisons quelques enfants plutôt timides et insensibles à nos « hello ! ». Puis nous arrivons sur ce que nous appellerons le « balcon ». Il n’en est pas un à proprement parler. Il est fermé par d’autres constructions : des douches et des toilettes extérieures aux appartements. Le mieux est que vous voyez par vous même grâce aux photos.

maison longue Bornéo

Sur des bancs sont installés des vieux monsieurs souriants qui nous serrent la main et nous disent « hello ». Nous nous asseyons, c’est irréel. Les enfants courent, les femmes se promènent en sarang, elles sortent de la douche. Un homme vient nous saluer, c’est le chef de la maison, Siba.

Il faut savoir que chaque maison longue a un chef. Souvent le rôle de chef se transmet de père en fils mais les habitants des lieux ont leur mot à dire. Ils doivent juger si le fils ou la fille d’ailleurs, a les qualités requises pour la fonction. Si ce n’est pas le cas, des élections ont lieu.

Le chef est très important, il représente la maison au delà de ses frontières, auprès d’autres maisons longues. Il est aussi ambassadeur auprès de l’état du Sarawak et de l’état malaisien.

Tout le monde nous sourit. Nous sommes sonnés par notre longue marche et en même temps déconnectés. Loin de nos repères, loin de tout, juste là, dans l’instant. Nous sommes perdus d’une bonne manière. Et Perdu, c’est justement le nom de ce village. Il fait référence à un fruit local… n’est-ce pas une jolie coïncidence ?

Makaï, le mantra des Iban

Après une bonne douche (au baquet, la vie est précaire ici !), nous rejoignons nos hôtes. Il s’agit du frère de Siba et de sa femme. Mais il n’y a pas qu’eux ! Leurs enfants et leurs petits enfants sont là, ainsi que le chef ! Et là, nous découvrons ce qui va être notre quotidien pendant 3 jours : l’abondance de nourriture !

Sur la table il y en a de partout ! Des crackers, des cacahuètes, des fruits. En boisson : du thé, du café et des bières. Le sucré, le salé tout est mélangé ! On nous apporte des fruits du dragon, ils voient que nous aimons ça, ils nous en ramènent ! Nous sommes 10 autour de cette table, tout le monde nous sourit et nous incite à manger ! Chris nous avait prévenu que les Iban mangeaient beaucoup ! Et on va s’en rendre compte à chaque instant !

Chris part se doucher, tout le monde s’affaire et nous nous retrouvons seuls avec le chef. Il ne parle pas un mot d’anglais. En fait personne ne parle anglais à part Chris. Nous apprendrons plus tard que Siba ne sait ni lire ni écrire. Nous nous sourions, nous essayons de lui poser des questions. On tente une approche par le football mais il n’a pas l’air de comprendre. On lui montre des photos d’Elliot, de notre maison puis l’hôtel de ville de Lyon. Là il comprend qu’il s’agit de la maison du chef à Lyon, ça le fait rire. Et à défaut de bien se comprendre, il nous fait manger !

Chris revient, on passe à table et apprenons le mot le plus important pour les Iban : Makai ! Makai ça veut dire manger et ils n’arrêtent pas de le dire !

La femme du chef et son fils arrivent avec de la nourriture. Nos hôtes amènent pléthore de plats. Nous nous installons par terre et ça n’arrête pas ! Makai ! Makai ! On nous exhorte à manger. Certaines choses sont bonnes d’autres plus déroutantes. Parmi les plats : de la chauve souris ! Je ne peux m’y résoudre mais Nico goûte. Ce n’est pas fameux, surtout des os ! L’ambiance est très conviviale ! Ça parle, ça rigole. Chris de temps à autre essaye de nous expliquer l’objet de leur conversation. Elle estt principalement orientée autour d’un festival d’alcool de riz qui a eu lieu une semaine auparavant entre différentes maisons longues de la région.

Puis vient le moment d’aller dehors. Entre les appartements et le balcon, se trouve un immense zone de vie. Une sorte de place publique, où sont posées des nattes et des hamacs. Tout le monde se retrouve, le chef amène un panier rempli de bières et on boit. On rigole, certains posent des questions. Les enfants s’amusent à se faire peur avec un serpent en plastique. Il faut savoir qu’il n’y a pas d’école dans la maison. Les enfant doivent aller vers Betong, à 3 heures en scooter. Ils ne sont donc à la maison que les week-end et les vacances scolaires, à partir de l’âge de 6 ans. Dur…

Nous avons les yeux écarquillés et le sourire jusqu’aux oreilles. Mais le peu de sommeil et la fatigue de la marche se font sentir, il est temps d’aller au lit…

Les trésors cachés de la jungle

Le lendemain nos hôtes nous laissent dormir et nous nous levons un peu avant 9h. Il était temps car tout le monde nous attendait pour… Makai !

Un petit déjeuner fait de tous les restes de la veille (oui oui les chauve-souris aussi !), du riz, des crackers bref ! Après avoir un peu discuté sur le balcon, Chris nous propose de nous emmener à une cascade à une heure et demi de marche. Allez banco !

En route pour la cascade

Les jambes sont encore un peu lourdes de la veille mais le soleil brille et les plantations de poivre sont un spectacle envoûtant. Le sol est toujours très glissant. La pluie a de nouveau fait son apparition pendant la nuit. Nous réalisons que nous sommes suivis par Siba et notre hôte. Cette excursion se fait en fait avec eux ! Nous sommes ravis ! En chemin, ils observent l’environnement et coupent du bambou vert pour cuisiner. Ils cherchent du bois et du bambou sec pour faire du feu… Après 45 minutes de marche en descente, qui laisse donc présager un retour encore bien sportif. Et après une sangsue sur mon mollet (que que quoi !?! bon bah en fait c’est pas si grave !), la suite de la marche se fait dans la rivière. Notre hôte lance un filet pour essayer de capturer quelques poissons.

Siba coupe le bambou

Nico donne un coup de main

Les derniers mètres sont très ardus et le sol toujours aussi glissant. Nous arrivons enfin à la cascade. Encore un lieu secret, un de ceux sur lesquels on ne pourrait tomber sans guide. Notre hôte enfile son masque de plongée et part chercher des poissons.

Nous restons assis à contempler les lieux. Chris part pêcher également pendant que Siba commence à couper les grands troncs de bambous. Il lance un feu. Il farcit les bambous vertsd’épinards et d’haricots verts et lance la cuisson.

Bière, crackers, fruits, c’est reparti pour l’apéro ! Puis Chris et notre hôte reviennent avec du poisson. En fait; ceci est un pique-nique et le repas a été cueilli en route ! Dans les paniers traditionnels que chacun porte sur le dos (même moi j’en ai un !), se cachent des tupperwares plein de riz, des assiettes, des couverts ! On ne s’étaient rendu compte de rien !

Ce moment est parfait. On ne comprend pas tout ce qui se dit, mais ce n’est pas grave, l’ambiance… ce sentiment de partager un bout de vie avec eux… Cette impression aussi d’être en harmonie avec la nature et de si mal la connaître comparé à eux.

Il est déjà 15h il est temps de rentrer. Notre hôte propose d’éviter la partie difficile et glissante du chemin en escaladant les rochers au dessus de notre tête. Et quand je vous dis escalader je n’exagère pas !

Le chemin du retour se fait dans la bonne humeur et toujours sous une chaleur écrasante ! Nous en profitons pour admirer les plantations de poivre…

Coucher de soleil à la maison longue

Viens ensuite le temps d’un coucher de soleil magnifique. L’occasion de faire une rencontre surprenante : un énorme scorpion ! Heureusement que nous le voyons avant de marcher dessus ! Je retrouve dans ce coucher de soleil, tous ces couchers de soleil que nous avons pu voir en Asie. Toutes ces soirées où la vie me semblait parfaite. Tous ces instants où l’on est juste présent et ancré dans un moment. Le soleil, les bananiers, les montagnes, les nuages… mon Asie chérie, que tu m’avais manquée !

La soirée est encore bien joyeuse malgré l’absence de beaucoup d’enfants. Nous sommes dimanche et plusieurs parents sont partis accompagnés leurs petits à l’école. C’est la fin des vacances scolaires et ils doivent veiller à ce qu’ils ne manquent de rien dans leur internat. Les parents passent donc la nuit en dehors de la maison longue.

Malgré tout, les rires sont encore au rendez-vous, d’autant que Siba dégaine une bouteille de vin de riz. Ici il se boit cul sec ! Il remplit le verre jusqu’à raz bord et hop ! Puis il le remplit à nouveau et au suivant ! Et ça tourne comme ça entre chaque habitant de la maison.

Un fermier nous interroge sur l’heure qu’il est en France. C’est aussi l’occasion d’expliquer que le soleil à cette période de l’année se couche tard chez nous. Ils sont effarés. Ici le soleil se lève à 6h30 et se couche à 18h30 toute l’année. Ils ont du mal à concevoir cela autrement, d’autant que ça signifierai travailler jusqu’à 22h dans les plantations !

Bientôt le générateur va s’éteindre et la maison sera plongée dans le noir… nous allons nous coucher.

Départ de la maison longue

Au réveil, mauvaise nouvelle, il pleut à torrent. Nous sommes censés repartir vers 8h30 car une marche de 4h jusqu’à la voiture nous attend. Mais impossible de partir dans ces conditions. C’est la tempête ! J’interroge Chris car il me semble que cette météo n’est pas de saison, ce qu’il me confirme. Il nous explique également que c’est très mauvais pour le poivre. En effet c’est la période où il est collecté et de telles tempêtes cassent les arbres et abiment les récoltes.

La randonnée du retour

C’est finalement vers 11H15 que nous quittons la maison longue encore plongée dans la grisaille, après une photo avec nos hôtes. Tout le monde nous dit au revoir , nous sommes ébahis par tout ce que nous avons vu.

 

La route est longue et douloureuse à nouveau. Le chemin est glissant et pentu. Il faut traverser 7 rivières et nos jambes commencent à ne plus trop suivre après ces journées intensives.

Il est tard, déjà 14h45 et nous ne sommes toujours pas à la voiture ! Quand on pense à toute la route qu’il nous faut encore parcourir. Il reste encore une bonne heure de marche ! Nous arrivons à une autre maison longue, Chris demande s’il est possible de nous ramener en pick up jusqu’à la voiture. Les femmes de la maison nous sourient. Une d’entre elles parle un peu anglais et nous dit de venir séjourner chez eux l’année prochaine. Pour la fête du riz. Toutes rigolent en repensant à cette fameuse fête et des jeux qu’ils y ont fait. On sent que ces festivités sont très importantes pour les Iban. Elles ont l’air de représenter un divertissement essentiel ainsi qu’un sujet de conversation intarissable. Sans compter que c’est souvent à ces occasions que les couples se forment.

Le pick-up nous emmène : ouf ! Une fois en voiture nous passons récupérer nos gros sacs à dos. Ils ont été gardés par des amis de Chris, dans une autre maison longue au bord de la route. Alors qu’ils discutent entre eux, le mot makai apparaît dans la conversation. Là on le sent venir, on va manger ! Bon à vrai dire c’est bienvenu ! Il est 16h et nous n’avons plus rien avalé depuis des heures. En quelques minutes, un festin est sous nos yeux ! La nourriture est toujours prête c’est incroyable ! Riz, poulet au gingembre, les fameux crackers ! Thé, café, alcool de riz ! Tous sont adorables et lorsque nous les quittons, les enfants nous lancent de grands « bye bye ».

Nous atteignons finalement Kuching à 21h  avec une arrivée en fanfare puisque nous avons réservé un hôtel plutôt classe. Nous débarquons avec nos chaussures couvertes de boue, nos cheveux en pétard, nos jambes sales et nos yeux à moitié fermés. Je crois même qu’on a un ou deux insectes morts collés sur le visage. L’occasion d’une dernière rigolade avec Chris, qui nous laisse ici.

Inutile de vous dire que ces journées passées dans cette maison longue resteront un souvenir marquant de notre périple à Bornéo.

Pour partir à la découverte des maisons longues avec Chris, contactez Bornéo à la carte

Nous voilà à présent sur les îles Perhentian, un retour aux fondamentaux pour nous puisque nous y avions séjourné pendant notre grand périple. L’eau est toujours aussi belle et nous sommes bien dans notre petite guesthouse. Mais malheureusement certaines choses ont changé sur l’île et nous avons perdu notre plage de rêve. Elle n’est plus qu’un vaste chantier… tristesse. À bientôt !

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1 commentaire

l'artisan 28 juillet 2017 - 13 h 34 min

Bonjour,

Ayant eu aussi la chance de passer un moment dans un longue house c'est un véritable plaisir de vous lire, et se re-memorer ces instants magique.
Un longue remonter en pirogue à moteur, puis un longue marche à travers la foret pour arriver enfin avec un petite pirogue à pagaie à la longue house.
Une rencontre inoubliable avec le doyen, une nuit en foret~
Des instants si magique

Merci

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