L’expat, ce super-héros (ou comment gérer sa double identité) -Humour et philosophie-

par Charlène
3 minutes de lecture

S’expatrier dans un pays dont on ne parle pas la langue est un sacré bouleversement.

Si l’expatriation représente une aventure très sympathique et excitante, elle peut également être déstabilisante tant dans un premier temps, en qualité d’expatrié, on n’est plus personne.

Pensez à votre vie quotidienne. Vous êtes en France, vous parlez français, vos copains sont autour de vous, votre famille est plus ou moins loin. Pour la moindre situation, vous pouvez vous exprimez, expliquer votre point de vue, faire un trait d’humour, poser une question,  pousser un coup de gueule (hey vous êtes français quand même !), vous plaindre etc.

Transposez à présent la situation. Vous débarquez dans un pays dont vous ne parlez pas la langue, vous ne connaissez personne, tout est plus ou moins une épreuve malgré le charme de l’exotisme. Vous vous concentrez au maximum pour comprendre ce qu’on vous dit et ça marche… et puis vient le moment de répondre quelque chose…et là c’est le drame.

Tragédie en un acte de l’expatrié qui ne maîtrise pas la langue

Alors il y a un réflexe tout a fait humain qui va vous pousser à sourire niaisement, voire à faire un petit rire nerveux… pathétique.

Ensuite vous allez acquiescer ou prendre l’air très intéressé, comme si vous réfléchissiez à la réponse que vous alliez faire. (Bon en fait, vous y réfléchissez et votre cerveau se met lentement mais sûrement en alerte rouge : JE SAIS PAS COMMENT DIRE ÇA !!!!!!!—> oui, je parle avec mon cerveau, pas vous ?)

Puis vous allez faire une réponse, oui oui, vous allez répondre quelque chose. Fort heureusement chers lecteurs, le suspense sera de courte durée. Aussi court que la réponse qui tient en deux mots : “Si, si” ou bien sûr “No, no”.

Voilà voilà…

N’avais-je pas déjà employé le #Solitude il y a quelques temps ?

Il est évident que dans ces conditions, on a un peu l’impression de passer pour le débile de service. Un peu comme les super-héros qui découvrent leurs pouvoirs mais qui ne les maîtrisent pas encore.

Super-expat : la double vie de l’expatrié

Car en fait, être expatrié c’est un peu comme être Spider-man (ou Kick-ass si tu te sens vraiment l’âme d’un loser). Quand tu es un super-héros, personne ne connait ton identité secrète. Tu as une folle vie, tu es plus que ce que tu as l’air d’être. Bon alors je ne vous dis pas qu’en tant qu’expatrié vous allez vous mettre à tisser une toile en secouant votre poignet du jour au lendemain (j’ai essayé ça ne marche pas du tout). Par contre c’est un peu le même sentiment d’être double. La journée t’as l’air paumé, ce qui est un sentiment avouons le un peu désagréable (oui, comme Peter Parker que tout le monde prend pour un gars bien brave) et quand tu rentres chez toi, tu peux redevenir toi, parler tout seul à voix haute, mettre la radio dans ta langue, reposer ton cerveau, ne pas te sentir vulnérable. Car c’est là la clé je crois. Ne plus maîtriser ce que l’on renvoie de soi, c’est ne plus pouvoir être soi. On se sent fragilisé.

Et de la même manière que les super-héros ont parfois envie de faire leur coming-out (Iron man ça, c’est un mec qui n’a pas peur de jouer carte sur table !), la petite française que je suis voudrait pouvoir expliquer qu’elle n’est pas que la gentille maman avec ses deux enfants qu’elle promène de partout et qui sourit bêtement quand on lui parle, avant de finir par dire : “dispiace, non parlo bene italiano, sono francese”.

Inspirer au mieux de l’empathie ou de la curiosité ça a ses limites. Quand je pense que ma mère est italienne… je sens peser sur moi une lourde culpabilité (un grand pouvoir, implique de grandes responsabilités tout ça tout ça… )

Se dépasser pour se retrouver

Il semble donc nécessaire de réajuster ce que l’on est pour que notre identité nouvelle (et peu enviable) puisse laisser place au “nous” véritable (mais amélioré) !

Eh oui on aura beau tourner le problème dans tous les sens, même les super-héros qui ont gagné leur pouvoir en mutant s’entraînent pour être au top. Alors si vous êtes plus Bruce Wayne (sans les moyens) que Bruce Banner (bien qu’Elliot semble être le fils caché de Hulk), il va de soi qu’il va falloir mettre le paquet !  Si on veut dépasser la phase de solitude et rompre avec la dynamique de la niaiserie (parce qu’être uniquement Clark Kent, ça serait quand même un peu la tristesse), il faut se donner les moyens de s’intégrer et se lancer. L’expatrié ne peut pas se contenter d’être français en cachette. Car il est évident que notre identité va bien au-delà de notre nationalité.

Pouvoir être libre d’être ce que l’on est, exprimer ses goûts, ses envies, c’est la base d’une vie heureuse ! (Sauf pour Groot qui semble tout à fait se satisfaire d’une seule phrase mais bon, je ne suis pas un arbre donc…)

Ce défaut d’identité n’est en rien figé (du moins je l’espère) et il est assez aisé d’imaginer que la situation ne peut que s’améliorer avec la maîtrise de la langue.

Face à ce constat, il n’y a qu’une chose à conclure : oui, s’expatrier ce n’est pas facile tous les jours (surtout quand on ne parle pas la langue du pays d’accueil), mais c’est aussi la chance de se challenger et de ne pas se contenter de la facilité. Excitant non ?

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2 commentaires

Charly 8 octobre 2017 - 20 h 25 min

Se challenger et repousser ses limites, c’est existant dans les bons jours, mais parfois, ça pèse des tonnes sur les épaules… Mais ne soyons pas pessimiste et il faut toujours voir le bon côté des choses. Un expat, ça ne doit pas trop se plaindre il parait ! 😉

Reply
Charlène 9 octobre 2017 - 12 h 01 min

Eh oui, on n’a pas le droit parce qu’on a de la chance ! Mais bon hein… d’un autre côté je trouve ça cool d’être un super héros ! Minuscule mais super quand même héhé !

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