Et si voyager détruisait la planète ?

par Charlène
5 minutes de lecture

Et si voyager c’était mal ? Aujourd’hui, je m’interroge. À l’heure où la planète se réchauffe, où mon thermomètre affiche en ce moment même 27 degrés, un 10 octobre ! À l’heure où le réveil écologique semble enfin arriver. À ce moment précis où il semble qu’une sorte de conscience collective se dresse timidement, je me pose cette question fondamentale pour moi, la voyageuse amoureuse du monde. Le voyage pourrait-il amplifier de manière significative la crise écologique ?

Consommer le monde toujours plus vite

Hier soir, comme bon nombre de personnes, je scrollais mon fil Facebook. Pourquoi je fais ça d’ailleurs ? Je ne le sais même pas. Cela fait une éternité que je n’ai pas vu quelque chose d’intéressant. Les infos se noient au milieu de vidéos, de publications sponsorisées, de comment changer mon bébé avec un coton tige, enchaîné des 10 conseils secrets pour gagner un million d’euros par mois sans lever mes fesses d’une plage paradisiaque. Bref, vous voyez l’idée.

Et puis une photo m’interpelle. Une photo prise en Mongolie. Pas celle des cartes postales avec la jolie steppe qui court jusqu’à la ligne d’horizon. Non une steppe sale, pleine de bouteilles plastiques, dégradée.

Cela me rappelle les plages de Koh Tao, si jolies si l’on se réveillait après 8h du matin, mais jonchées de plastiques si l’on parcourait la plage au petit matin. La faute à qui ? Aux habitants qui peuplent ces pays oui bien sûr. Mais c’est tout ? Les multinationales qui viennent se servir en ressources et petit personnel. Ça va de soi. Et puis ?

 

Le tourisme en roue libre

On voit tout avant même d’être parti.

Aujourd’hui on sait tout, tout le temps, tout de suite. On voit tout avant même d’être parti. N’importe quelle destination doit être découverte rapidement “avant qu’il ne soit trop tard”. Et est déjà pervertie ou has been un an plus tard… Nous croulons sous les informations, les “tips”, les “hors des sentiers battus”. On est tous là dedans. Nous avec, ici sur ce blog. Alors bien sûr, la vie fait que nous voyageons un peu moins et ce blog n’étant pas notre gagne pain, on publie quand on veut, un peu comme on veut. Mais ça n’enlève en rien, que l’on contribue à une petite échelle à cette folle course.

Des coins préservés qui sont décimés quelques années après. Les Perenthians ! Oh mon dieu les Perenthians. 3 ans ont séparé notre premier séjour du second. Et quelle différence ! Notre plage idyllique et anonyme, ensevelie sous du béton pour accueillir les backpackeurs avides d’aventure à pas cher.

Nous recevons régulièrement des messages pour nous remercier d’avoir partagé le contact de Paing et Chunk au Kawah Ijen. Mais ce qui était une petit entreprise confidentielle est devenue une vraie organisation. Et quelque part tant mieux, pour eux, c’est un gain énorme et leur vie s’en trouve améliorée. Mais n’empire-t-on pas aussi les choses en étant toujours plus nombreux au même endroit ?

Nous on a fait notre aventure autour du monde en toute insouciance et maintenant on vient dire aux autres : molo les gars !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Bien sûr, c’est facile ! Nous on a fait notre aventure autour du monde en toute insouciance et maintenant on vient dire aux autres : molo les gars ! C’est comme la déforestation. On a toujours trouvé ça super hypocrite. En occident, on a décimé des forêts et donc des  populations animales entières pour développer notre agriculture et maintenant on vient expliquer à l’Asie qu’elle ne peut pas faire pareil. Pourquoi ? Mais de la même manière que nous payons les pots cassés pour ceux qui nous ont précédés, ne faut-il pas savoir ralentir à un moment ?

Voyager responsable

Je lisais récemment un article qui expliquait la colère des portugais face au tourisme. À Lisbonne et Porto, les gens ne parviennent plus à se loger. Comme dans de nombreuses villes, les investissements ont fleuris et les Airbnb et autres locations temporaires envahissent la ville. Pénurie de biens, augmentation des coûts. Tout ça pour quoi ? Pour que d’autres puissent venir visiter brièvement et à moindre frais ce qui représente la vie toute entière d’une population.

Personne n’est vraiment coupable. Mais pour autant nous sommes tous responsables.

“L’homme est un loup pour l’homme.” En fait ça ne s’arrête jamais. Il y aura toujours quelque chose à prendre, toujours quelque chose à faire pour une “bonne raison”. Personne n’est vraiment coupable. Mais pour autant nous sommes tous responsables.

L’apogée du low cost

Alors bien sûr, tant qu’on pourra aller n’importe où en Europe pour 30 euros, on va avoir un soucis, il n’y a pas de doute. Et encore une fois, je ne pointe personne du doigt. Nous aussi on achète nos billets chez Easy Jet ! Des fois on change même nos dates pour avoir le vol le moins cher, on fait comme tout le monde quoi. On a besoin de découvrir et le porte-monnaie ne peut pas toujours suivre nos folles envies.

Le tourisme est aussi un formidable moyen pour de nombreuses personnes de vivre et il ne faut pas l’oublier. Des pays les plus pauvres aux plus riches.  Sans la démocratisation de tous ces moyens de transport, de nombreux métiers n’auraient pas vu le jour.

La loi des prix bas ne va-t-elle pas de paire avec l’asphyxie à tous les niveaux ?

Mais la course au “pas cher” ne nous conduit-elle pas inexorablement à notre perte à tous ?

De la même manière que tout le monde doit s’aligner sur les prix des géants, qu’il s’agisse de nourriture, de biens matériels, de prestation de service, etc. la loi des prix bas ne va-t-elle pas de paire avec l’asphyxie à tous les niveaux ? Celle d’un marché, celle d’un joli paysage, celle bien réelle de l’air, pollué par tous ces déchets, ces avions, ces va et vient incessants.

Trouver le juste milieu

Comme on choisit de manger moins de viande pour favoriser la qualité, comme on décide de consommer local,  peut-être  devons-nous repenser notre façon de voyager. Prendre moins souvent l’avion, opter pour le collaboratif comme les covoiturages, les bus etc. Marcher beaucoup, aller moins loin pour assouvir ses envies d’ailleurs plus souvent. Parce qu’il y a toujours quelque chose à voir, tout près.

Cet été, nous avons passé quelques jours au Mont Cenis. Vivant en Italie et ayant tous nos proches à Lyon, c’était idéal pour couper la route et partir près de chez nous. Nous avons été émerveillés par la beauté des paysages. Mieux encore, cela nous rappelait à la fois l’Ecosse, l’Argentine ou encore les Blue Mountains australiennes. Tous ces voyages en un seul lieu c’est pas si mal !

Quant à l’accueil et les relations avec les locaux, très agréables également. Comme quoi, la France a de beaux restes ! Mais ça on vous le dit souvent lors des rendez-vous En France Aussi !

La loi de l’immédiateté

Depuis longtemps déjà, je dis à Nicolas que notre société crée ses propres problèmes, à vivre dans l’immédiateté. Je ne parle pas particulièrement du voyage, mais de tout. Un mot d’un politique immédiatement décortiqué, commenté, relayé, détourné. Une information non vérifiée étalée, retwittée, likée, partagée. Sans recul, sans réflexion, sans enquête. Et que dire des montages photos bidons, souvent générateurs de haine. Quant on sait que Google et les réseaux sociaux tendent à devenir le vecteur numéro 1 d’information, on peut se poser la question :  à quoi nous sert encore notre tête ? 

L’ailleurs perd peu à peu de sa valeur.

Arriver à saturation

À l’instar de mon feed, je deviens saturée d’images. Elles ont tellement envahi mon espace que j’en viens à ne plus savoir ce que je veux. L’ailleurs perd peu à peu de sa valeur. À coup de filtres, de selfies, de toujours plus loin, plus perdu, plus “je suis pas un touriste”, tout se ressemble parfois à mes yeux. Je cherche le vrai.

Nous devions aller en Afrique du Sud au printemps prochain et pour différentes raisons nous avons décidé de reporter ce voyage. Vous voulez que je vous dise ? Ça ne me fait ni chaud ni froid. Je suis mille fois plus excitée par l’idée d’aller trouver un coin de campagne à une heure de chez nous pour faire une ballade. Même si mon amour du monde me suit toujours et ma curiosité avec bien sûr. Mais c’est aussi parce que j’aime cette planète que je me sens une part de responsabilité dans tout ce qui pourrait lui arriver. Pour elle et pour mes enfants sur lesquels je constate déjà les dégâts de notre environnement à l’agonie.

Aujourd’hui, je suis arrivée à saturation. Je voudrais appuyer sur pause. Ouvrir un de ces livres de voyage qui me faisaient rêver gamine. Me dire que ce lieu existe et qu’un jour peut-être j’irai. Mais pas à n’importe quel prix. Pas pour y voir une montagne de déchets à la place d’une rivière. Pas pour voir la glace se détacher alors qu’elle tenait depuis des millénaires. Je veux respirer, au sens large. Me déconnecter pour de vrai. Peut-être que de nos jours, sortir des sentiers battus c’est ça. Loin du fracas des réseaux sociaux, loin de l’incitation à l’exceptionnel. Juste être là, dans le réel, à le contempler et tenter de le préserver.

 

 

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4 commentaires

Lucie 11 octobre 2018 - 7 h 30 min

Ça fait plaisir de lire ce genre de chose ! J’ai été élevé par un père qui refusait de m’amener chez mes copines à 30 minutes de voiture pour des raisons écologiques alors ça m’a marquée ! Je n’ai jamais fait de long voyage juste comme ça, pour aller voir. Partir en vacances et aller à la superficie juste pour la beauté, ça ne m’attire pas. On voyage en distance, mais si on voyageait plutôt en profondeur ? C’est pour cette raison que j’aime l’expatriation.

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Charlène 11 octobre 2018 - 8 h 08 min

Je suis d’accord avec toi, l’expatriation offre une formidable possibilité de découvrir un pays, sa culture, ses habitants en profondeur et en douceur. L’exotisme fait rêver et on peut tout de même parvenir à faire de belles rencontres, à avoir des échanges qui changent notre regard, mais bien sûr, comme partout ailleurs cela demande d’aborder le voyage à un rythme plus lent, sans vouloir tout voir et tout savoir en quelques jours. En parlant de tout ça, à quand une rencontre en Ritalie ? 😉

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Mila 11 octobre 2018 - 23 h 45 min

Superbe réflexion que nous nous sommes faits également avant de partir ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous voyageons à vélo. Notre démarche est fondamentalement écolo. Certes, c’est parfois moins confortable, mais c’est tellement plus plaisant : on ne culpabilise pas, on fait du sport, notre impact est faible, on sort des sentiers battus de fait et on consomme local puisque l’on ne peut pas trop transporter. Le seul hic, c’est les déchets. Difficile de ne pas en faire en itinérance. Mais on tente de les limiter.

J’admets que moi aussi, mon feed est désespérant actuellement. Ça fait très longtemps que j’essaie d’agir, de consommer mieux, etc. Mais, je trouve que ça ne bouge pas assez vite, évidemment. Bref, on va faire face à d’énormes enjeux et continuer à en parler c’est bien !

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MILLA 12 octobre 2018 - 7 h 50 min

C’est marrant j’ai commencé à écrire un article comme sa mais je ne l’ai pas encore publié. Pour le coup je pense que je ne me lasserai jamais du voyage, jamais. Cela fait trop partie de moi, mais par contre je pense à ralentir sérieusement les longs courriers (de plusieurs par an, je devrais passer à un voir zéro).
Mais si seulement il existait une autre solution ! Par ailleurs, je vais aussi payer la taxe carbone à l’associations Good planet qui fait des projets permettant de capter les émissions de co2. Ce n’est pas parfait mais c’est milles fois mieux que rien.

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